LivreCheikh Anta Diop Volney et le sphinx Cheikh Anta Diop Volney et le sphinx Théophile Obenga (Auteur) contribution de Cheikh Anta Diop à l'historiographie mondiale Paru en juillet 2000 Caractéristiques Voir tout Date de parution juillet 2000 Editeur Presence Africaine Format 16cm x 24cm Nombre de pages 484 Pour aller plus loin
Dansson ouvrage Cheikh Anta Diop, Volney et le Sphinx, ThĂ©ophile Obenga montre en quoi consiste. Montre plus La vie en desordre, voyage en adolescence 1399 mots | 6 pages selon lui, lâĂ©volution de la technique dâune part (« [] plus besoin dâausculter soi mĂȘme, la technique sâen chargera ») et les classifications internationales dâautre part (le DSM-IV
CheikhAnta Diop est nĂ© le 29 dĂ©cembre 1923 et mort le 7 fĂ©vrier 1986. Ă lâoccasion du 98e anniversaire de sa naissance, les Editions Makeba Sabas remettent en avant les thĂšmes de prĂ©dilection de celui qui fut historien, Ă©gyptologue et scientifique. Le Pr ThĂ©ophile Obenga est citĂ© en rĂ©fĂ©rence.
Fast Money. BULLETIN DE LâUNION DES TRAVAILLEURS SĂNĂGALAIS EN FRANCE ACTION REVENDICATIVE â Section Nord 125 rue du Printemps 59650 VILLENEUVE DâASCQ JournĂ©e Afrique Noire Ă la mĂ©moire du Professeur CHEIKH ANTA DIOP 1923-1986 Avec la collaboration de PERIPLANS, AWANA AFRICA, SURVIE NORD, TOGOLECTIF, ABN, ESPACE GABON NORD, COLLECTIF AFRIQUEPage 2 and 3 Depuis 1986, nous cĂ©lĂ©brons la JoPage 4 and 5 Ce que veut lâUTSF/AR ? Nous, secPage 6 and 7 1984-2004, 20 ans de luttes L'act
On connaĂźt plus Cheikh Anta Diop lâhistorien, lâanthropologue, lâĂ©gyptologue, lâhomme politique sĂ©nĂ©galais et le panafricaniste dont le combat a, toute sa vie durant, consistĂ© Ă restaurer lâhistoire africaine. Lâhomme sâest pourtant illustrĂ© dans un tout autre domaine souvent moins connu ou passĂ© sous silence celui de la traduction et câest Ă ce rĂŽle de traducteur, de passeur » que nous nous intĂ©resserons particuliĂšrement. Mais pour mieux comprendre cet intĂ©rĂȘt manifeste que Cheikh Anta Diop a accordĂ© Ă la traduction Ă travers son parcours intellectuel, il est nĂ©cessaire de revenir, de façon brĂšve, sur la trajectoire de ce militant, mais Ă©galement sur le contexte historique et politique dans lequel il a effectuĂ© ses traductions afin de mieux saisir leur portĂ©e. En effet, Cheikh Anta Diop est lâun des rares intellectuels africains de sa gĂ©nĂ©ration Ă avoir pris le contre-pied de lâidĂ©ologie colonialiste et raciste de son Ă©poque. Face Ă lâarrogance occidentale qui tient Ă tout prix Ă nier Ă lâAfrique son histoire et son apport Ă la civilisation, il a, trĂšs jeune, fait preuve dâun engagement et dâune volontĂ© Ă sâopposer Ă lâentreprise colonialiste. AprĂšs de 281 Jean-Marc MOURA, op., cit., 1999, p. 42. brillantes Ă©tudes, Ă Dakar et Ă Saint-Louis, sanctionnĂ©es de deux baccalaurĂ©ats en mathĂ©matiques et en philosophie, il dĂ©barque Ă lâĂąge de vingt-trois ans, en 1946, en France oĂč il poursuit ses Ă©tudes supĂ©rieures. Sous la direction du philosophe Gaston Bachelard et du scientifique FrĂ©dĂ©ric Joliot-Curie, Cheikh Anta est restĂ© constant dans sa quĂȘte du savoir qui constitue pour lui la meilleure façon de lutter contre la colonisation et lâimpĂ©rialisme. Une quĂȘte qui lui mĂšne au laboratoire du CollĂšge de France oĂč il commence Ă sâintĂ©resser tout particuliĂšrement Ă la physique nuclĂ©aire. Un parcours, sans aucun doute, brillant mais qui nâest pas sans obstacles pour lui notamment lorsquâil commence Ă dĂ©velopper sa thĂ©orie tendant Ă remettre en cause les prĂ©jugĂ©s et lâidĂ©ologie occidentale qui nâont pour but que de falsifier lâhistoire de la race noire. Le rĂ©tablissement de cette histoire, Cheikh Anta Diop en a fait un sacerdoce et pour lui, lâafricanitĂ© de lâEgypte ancienne, quâil appelle lâEgypte nĂšgre », est une rĂ©alitĂ© de la mĂȘme façon que les origines africaines de lâhumanitĂ© et de la civilisation sont irrĂ©futables. Des positions trĂšs audacieuses, car prises dans un contexte de colonisation oĂč lâinfĂ©rioritĂ© de la race noire faisait presque lâunanimitĂ© dans lâOccident colonialiste, mais aussi dans une pĂ©riode oĂč lâĂ©gyptologie Ă©tait encore lâapanage dâune poignĂ©e dâintellectuels europĂ©ens. Pour Ă©tayer sa thĂšse, Cheikh Anta Diop282 sâest livrĂ© Ă un argumentaire tirant ses sources des tĂ©moignages dâauteurs du domaine des sciences humaines et sociales, historiens et philosophes tels quâHĂ©rodote, Volney ou encore de la Bible. Il nâa pas non plus manquĂ© dâarguments ethnologiques mais aussi et surtout linguistiques quâil a largement dĂ©veloppĂ©s. Pour Cheikh Anta Diop, le lien de parentĂ© entre lâĂ©gyptien et les langues nĂšgres ne saurait faire lâobjet dâaucun doute, câest une rĂ©alitĂ© irrĂ©futable au vu des similitudes quâil juge trop remarquables pour relever du simple fait du hasard. Pour justifier cette thĂšse quâil a tant dĂ©fendue, il se livre Ă une Ă©tude comparative des grammaires Ă©gyptienne et wolof et de leurs vocabulaires respectifs. Dans le chapitre IV de son ouvrage Nations nĂšgres et Culture, intitulĂ© Arguments pour une origine nĂšgre de la race et de la civilisation Ă©gyptiennes », lâauteur consacre plus dâune cinquantaine de pages Ă la dĂ©monstration des similitudes entre les deux langues283. Une Ă©tude touchant quasiment tous les aspects de la langue, de la conjugaison aux 282 Cheikh Anta DIOP, Nations nĂšgres et Culture. De l'antiquitĂ© nĂšgre Ă©gyptienne aux problĂšmes culturels de l'Afrique noire d'aujourd'hui, PrĂ©sence Africaine, Paris, 1954. 283 Ibid., pp. 231-287. caractĂšres des substantifs en passant par la formation des pronoms, lâexpression du temps etc. A travers cette Ă©tude comparative, Cheikh Anta Diop sâattache Ă dĂ©montrer la parentĂ© entre langues nĂšgres, en lâoccurrence le wolof, et la langue Ă©gyptienne en mettant particuliĂšrement lâaccent sur leurs nombreuses caractĂ©ristiques communes cf. voir annexes. Mais, ses positions ont aussitĂŽt suscitĂ© rĂ©serves et critiques. Dâabord en France oĂč, faute dâun jury disposĂ© Ă admettre une supposĂ©e africanitĂ© de lâEgypte antique, il a du mal Ă soutenir sa thĂšse de doctorat Ă la Sorbonne en 1954. Les hostilitĂ©s des intellectuels europĂ©ens Ă son Ă©gard nâont toutefois fait que renforcer ses convictions dâautant plus que cette thĂšse de doctorat pour laquelle il nâarrive pas Ă trouver un jury sera publiĂ©e la mĂȘme annĂ©e sous le titre Nation nĂšgres et Culture. De l'antiquitĂ© nĂšgre Ă©gyptienne aux problĂšmes culturels de l'Afrique noire d'aujourd'hui ». Cet ouvrage, bien que devenu incontournable dans lâĆuvre intellectuelle nĂ©gro-africaine, nâa pas pour autant convaincu une bonne partie de lâintelligentsia africaine, voire sĂ©nĂ©galaise, si ce nâest lâadhĂ©sion dâAimĂ© CĂ©saire qui, dans son cĂ©lĂšbre ouvrage Discours sur le colonialisme, nâa pas hĂ©sitĂ© Ă louer lâaudace de lâauteur affirmant que câest le livre le plus audacieux quâun nĂšgre ait jamais Ă©crit284». Cette mise Ă lâĂ©cart du milieu intellectuel lâa quand mĂȘme poussĂ© Ă se montrer plus consensuel en abordant un sujet beaucoup moins conflictuel intitulĂ© Etude comparative des systĂšmes politiques et sociaux de lâEurope et de lâAfrique, de lâantiquitĂ© Ă la formation des Etats modernes285 ». Il obtient finalement son titre de Docteur le 9 janvier 1960 Ă la Sorbonne aprĂšs sept heures de soutenance avant de retourner au SĂ©nĂ©gal oĂč il sera nommĂ© assistant Ă lâuniversitĂ© de Dakar la mĂȘme annĂ©e. Ensuite, sur le plan sĂ©nĂ©galais et africain, Cheikh Anta nâa pas tardĂ© Ă faire face Ă un adversaire de taille en la personne de LĂ©opold SĂ©dar Senghor 1906-2001, deux intellectuels dont la cohabitation dans ce SĂ©nĂ©gal nouvellement indĂ©pendant est marquĂ©e par une opposition idĂ©ologique Ă tous les points de vue. Cette opposition ne sâest pas limitĂ©e au terrain politique oĂč Cheikh Anta Diop, fondateur en 1976 du parti Rassemblement National DĂ©mocratique RND, est restĂ© lâun 284 AimĂ© CESAIRE, Discours sur le colonialisme, PrĂ©sence Africaine, Paris, 1955. 285 des adversaires politiques les plus redoutables du prĂ©sident LĂ©opold SĂ©dar Senghor286 ». Leurs divergences intellectuelles semblent dater de bien avant lâindĂ©pendance, notamment sur les questions relatives aux idĂ©aux panafricains. En effet, leurs dĂ©saccords peuvent se lire dans lâouvrage Nations nĂšgres et Culture publiĂ© en 1954, et dans lequel lâauteur Cheikh Anta Diop apporte une rĂ©ponse ironique mais ferme Ă ce vers aussi cĂ©lĂšbre que controversĂ© de LĂ©opold SĂ©dar Senghor lâĂ©motion est nĂšgre et la raison hellĂšne ». Il accuse dâailleurs ce dernier de contribuer peu Ă peu Ă la crĂ©ation dâune littĂ©rature nĂšgre de complĂ©mentaritĂ©, se voulant enfantine, puĂ©rile, bon enfant, passive, rĂ©signĂ©e, pleurnicharde287 ». Cette mĂȘme idĂ©e de la responsabilitĂ© des Ă©crivains africains Ă produire une littĂ©rature engagĂ©e qui continue de faire dĂ©bat aujourdâhui apparaĂźt dĂ©jĂ chez Cheikh Anta Diop qui, faisant allusion Ă cette phrase de Senghor, Ă©crit [âŠ] Un tel climat dâaliĂ©nation a fini par agir profondĂ©ment sur la conscience du NĂšgre, en particulier du NĂšgre instruit qui a eu lâoccasion de prendre conscience de lâidĂ©e que le reste du monde se fait de lui et de son peuple. Il arrive trĂšs souvent que le NĂšgre intellectuel perde confiance en ses propres possibilitĂ©s et en celles de sa race Ă tel point que, malgrĂ© la valeur des dĂ©monstrations exposĂ©es au cours de cette Ă©tude, il ne sera pas Ă©tonnant que certains dâentre nous, aprĂšs en avoir pris connaissance, Ă©prouvent encore du mal Ă admettre que nous ayons vraiment assumĂ© le premier rĂŽle de civilisateur du monde. Il est frĂ©quent que des NĂšgres dâune haute intellectualitĂ© restent victimes de cette aliĂ©nation au point de chercher de bonne foi Ă codifier ces idĂ©es nazies dâune prĂ©tendue dualitĂ© du NĂšgre sensible et Ă©motif, crĂ©ateur dâart, et du Blanc fait surtout de rationalitĂ©. Câest ainsi que sâexprime de bonne foi un poĂšte nĂšgre africain dans un vers dâune admirable beautĂ© LâĂ©motion est nĂšgre et la raison hellĂšne »288. 286 Boubacar Boris DIOP, Le SĂ©nĂ©gal entre Cheikh Anta Diop et Senghor », The University of Texas at Austin, 2005, p. 2. Article accessible en ligne ConsultĂ© le 17/05/16. 287 Cheikh Anta DIOP, op., cit., p. 55. 288 Ibid., pp. 54-55. Au-delĂ de son opposition idĂ©ologique avec le pouvoir du moment reprĂ©sentĂ© par Senghor, Cheikh Anta sâest aussi illustrĂ© sur le plan panafricain dont il constitue encore aujourdâhui une figure incontournable pour la jeunesse africaine aspirant Ă lâunitĂ© du continent. Il a, dans le cadre de son combat idĂ©ologique, produit une Ćuvre intellectuelle abondante dans laquelle la question linguistique, plus particuliĂšrement la traduction, occupe une place centrale. La traduction comme moyen de dĂ©construction de lâidĂ©ologie linguistique
Cheikh Anta DIOP 1923-1986, un Ă©minent Ă©gyptologue et lâorigine africaine de lâHumanitĂ©Homme de science, historien, Ă©gyptologue, philosophe, homme politique, Cheikh Anta DIOP sâest attelĂ© Ă fustiger la falsification de lâhistoire africaine. Cheikh Anta DIOP est plus que jamais dâactualitĂ©, en raison de la persistance de cette mentalitĂ© colonialiste et esclavagiste, de ces injustices et violences policiĂšres, ainsi que de ce racisme institutionnel et systĂ©mique. 60 ans aprĂšs les indĂ©pendances, ces rĂ©gimes monarchiques et dynastiques ont rĂ©duit les Etats africains Ă de simples provinces françaises. ArmĂ© de sĂ©rĂ©nitĂ©, de fermetĂ©, de courage, de pĂ©dagogie, de mĂ©thode et de luciditĂ©, Cheikh Anta DIOP aura Ă©tabli, de façon irrĂ©futable, lâorigine africaine de lâHumanitĂ©, en dĂ©pit des intimidations, des violentes attaques ou de la conspiration du silence. Les travaux de Cheikh Anta DIOP rĂ©pondent Ă trois grandes questions quelle est la place de lâAfrique Ă la veille des indĂ©pendances ? Quels sont les mĂ©canismes socio-historiques qui ont conduit Ă cette situation de servitude ? Quels sont les enseignements du passĂ© pour construire le futur du continent et celui de lâhumanitĂ© ? Le monde colonial dans lequel vit Cheikh Anta DIOP est une pĂ©riode remplie de prĂ©jugĂ©s envers les Noirs lâinfĂ©rioritĂ© de la race noire, le paralogisme de la mentalitĂ© primitive, lâexclusion du monde africain noir de lâhistoire universelle. LâAfrique est le continent que Georg Wilhelm Friedrich HEGEL 1770-1831 avait exclu de lâhistoire. Pourtant, Charles DARWIN 1809-1882, tenant de la thĂ©orie polygĂ©nĂ©tique, avait eu lâaudace de poser la prĂ©misse que lâAfrique pouvait ĂȘtre le berceau de lâHumanitĂ©. Le concept de miracle grec», inventĂ© Ă la Renaissance, pour occulter lâanciennetĂ© et lâoriginalitĂ© de la culture africaine et lĂ©gitimer la suprĂ©matie de la culture occidentale, est sĂ©rieusement battu en brĂšche Il est frappant que presque aucun nom de savant Ă©gyptien nâait survĂ©cu. Par contre, la quasi-totalitĂ© de leurs disciples grecs sont passĂ©s Ă la postĂ©ritĂ© en sâattribuant les inventions et dĂ©couvertes de leurs maĂźtres Ă©gyptiens anonymes» Ă©crit Cheikh Anta DIOP. Les conservateurs, fondĂ©s sur une conception polycentrique, ont tout de suite combattu, farouchement, ce postulat, dans une dĂ©marche de hiĂ©rarchisation des cultures. Tous les peuples qui ont disparu dans lâhistoire, de lâAntiquitĂ© Ă nos jours, ont Ă©tĂ© condamnĂ©s, non pas par une quelconque infĂ©rioritĂ© originelle, mais leurs apparences physiques, leurs diffĂ©rences culturelles. Le problĂšme est de rééduquer notre perception de lâĂȘtre humain, pour quâelle se dĂ©tache de lâapparence raciale et se polarise sur lâhumain dĂ©barrassĂ© de toutes coordonnĂ©es ethniques» Ă©crit Cheikh Anta DIOP dans un article lâunitĂ© de lâespĂšce humaine». La notoriĂ©tĂ©, Cheikh Anta DIOP, il la doit Ă la qualitĂ© exceptionnelle de ses travaux de recherche et Ă son indĂ©fectible engagement Ă faire redĂ©couvrir aux Africains leur patrimoine historique. La physiologie mĂȘme de lâHomme quâil est nĂ©, non pas sous un climat tempĂ©rĂ©, mais sous un climat chaud et humide de la rĂ©gion tropicale. LâHumanitĂ© qui est nĂ©e en Afrique Ă©tait nĂ©cessairement pigmentĂ©e Ă cause de lâimportance du flux des radiations ultraviolettes. Cet homme, en Ă©migrant dans les rĂ©gions tempĂ©rĂ©es, perd progressivement sa pigmentation par sĂ©lection et adaptation» Ă©crit Cheikh Anta DIOP, dans Apport de lâAfrique Ă la civilisation de lâuniversel».En France, peu de gens connaissent, ou ont lu, Cheikh Anta DIOP. Pour lâAfrique et sa diaspora, de son vivant, Cheikh Anta, sans avoir eu une carriĂšre universitaire normale, a connu une canonisation populaire» Ă©crit le professeur MâBOKOLO. Lors du premier Festival mondial des arts nĂšgres tenu en 1966, Ă Dakar, Cheikh Anta DIOP a Ă©tĂ© honorĂ©, pour lâensemble de son Ćuvre, comme lâauteur qui a exercĂ© sur le XXĂšme siĂšcle, lâinfluence la plus fĂ©conde». En effet, Cheikh Anta a donnĂ© une assise scientifique Ă ce quâil nomme la conscience historique nĂšgre africaine». Le plus grave crime de la colonisation Ă lâĂ©gard des dominĂ©s, câest lâesclavage mental ou la destruction chez les colonisĂ©s de la conscience de leur personnalitĂ© culturelle. Or, la conscience de notre identitĂ© est un prĂ©alable indispensable, pour tout dĂ©veloppement. Il nây a pas de personnalitĂ© sans mĂ©moire, et un peuple sans conscience est vouĂ© Ă une servitude Ă©ternelle. La conservation de la culture a sauvĂ© les peuples africains des tentatives de faire dâeux des peuples sans Ăąmes et sans histoire, et si la culture relie les hommes entre eux, elle impulse aussi le progrĂšs. La culture a pour point de dĂ©part le peuple en tant que crĂ©ateur de lui-mĂȘme et transformateur de son milieu. La culture permet aux hommes dâordonner leur vie. Elle est la vision de lâhomme et du monde» prĂ©cise le Manifeste culturel panafricain» de 1969. Homme intĂšgre et refusant toute compromission PassionnĂ©, chaleureux, affable, avenant, spirituel, Cheikh Anta Diop ne laissait personne indiffĂ©rent. Par la clartĂ© de ses arguments, il captivait ses interlocuteurs de tous bords. Par son ouverture au dialogue, par sa capacitĂ© dâĂ©coute de lâautre, il finissait souvent par sĂ©duire des interlocuteurs rĂ©ticents au dĂ©part. Câest ainsi quâil est devenu, peu Ă peu, lâun des symboles de la conscience intellectuelle et morale de lâAfrique nouvelle» Ă©crit Amadou-Mahtar MâBOW. En effet, Cheikh Anta a menĂ© un combat radical pour la rĂ©habilitation et la promotion des valeurs culturelles constituant lâidentitĂ© nĂšgre.» Ă©crit Michel NDOH. Dans un contexte de marginalisation accĂ©lĂ©rĂ©e du continent noir, ses travaux, qui marquĂšrent le retour de la conscience historique de lâAfrique, appellent Ă la permanence du combat contre les racismes sous toutes leurs formes. LâAfrique a produit, depuis plus dâun siĂšcle, un nombre significatif et une variĂ©tĂ© remarquable de talentueux historiens professionnels et philosophes de lâhistoire. Mais aucun, assurĂ©ment, nâa connu de son vivant, ni aprĂšs sa mort, la notoriĂ©tĂ© de Cheikh Anta DIOP» Ă©crit Elikia Mâ Cheikh Anta DIOP, le genre humain et la civilisation ont commencĂ© avec lâEgypte ancienne. Loin de la superstition, la religion de lâancienne Egypte avait un fondement moral ou dâutilitĂ© publique. Le plus beau prĂ©sent que Dieu puisse nous faire, câest la VĂ©ritĂ©, connaĂźtre les Dieux nâest autre chose que partager leur bonheur. Ce qui ne peut nous rendre heureux, ce ne sont pas les biens matĂ©riels, mais câest la prudence et le savoir, la persĂ©vĂ©rance dans une vie sobre, tempĂ©rante, Ă©loignĂ©e des plaisirs et des sens. Par ailleurs, le Comte de VOLNEY avait Ă©tabli, rigoureusement, lâunitĂ© de lâespĂšce humaine. Cheikh Anta DIOP a pu dĂ©montrer lâorigine noire des Anciens Egyptiens, restĂ©s en contact avec les Ethiopiens, rĂ©conciliant ainsi lâAfrique avec lâHistoire. Les Peuls sont de cette ancienne Egypte. Dans sa grande intĂ©gritĂ© morale et son refus des compromissions, Cheikh Anta DIOP aura tenu, debout, son rang dâhomme, sans jamais abdiquer, afin que lâAfrique retrouve sa mĂ©moire historique LâAfrique est souvent le continent producteur de valeurs de civilisation par excellence» Ă©crit Cheikh Anta DIOP. Le berceau de lâhumanitĂ© avait Ă©tĂ© placĂ© initialement en Asie en raison de la prĂ©sence trĂšs ancienne de trois races Blanche, Noire et Jaune. Au fur et Ă mesure que les dĂ©couvertes sâaccumulaient, le berceau a glissĂ©, il est passĂ© de lâAsie en Afrique et ne semble plus devoir quitter le continent noir. Si lâon dĂ©finit une civilisation comme Ă©tant la situation dans laquelle une sociĂ©tĂ© humaine dĂ©veloppe des sciences et des arts, stimule le progrĂšs technico-matĂ©riel et le dĂ©veloppement spirituel, et se distingue des autres groupes humains par lâexistence dâune organisation hiĂ©rarchique ainsi que la mise en place dâinstitutions sociales, les Egyptiens ont dĂ©couvert les mathĂ©matiques, dont sâest inspirĂ© ArchimĂšde de Syracuse 288-212 avant J-C, ainsi que la sociologie, la linguistique et lâanthropologie. Si lâEurope, notamment des CroisĂ©s, a pris conscience dâelle-mĂȘme, câest par opposition Ă la civilisation arabe, Ă la base de lâastronomie, de la philosophie et des sciences, et des techniques nautiques. Lâabsence de donnĂ©es archĂ©ologiques a Ă©tĂ© compensĂ©e par une Ă©tude de Cheikh Anta DIOP sur les migrations. Ainsi, les anciens Ă©gyptiens, les Kaw Kaw» sont en fait des Peuls, avec un hĂ©ritage du matriarcat et des diffĂ©rents codes de lâhonneur, des similitudes linguistiques, culturelles et anthropologiques. Cheikh Anta DIOP a mis fin Ă diverses thĂ©ories fantaisistes sur lâorigine des Peuls et ouvert la voie de nouvelles recherches sur cette civilisation millĂ©naire Des situations de crise, lâAncien empire Ă©gyptien sâest terminĂ© par une vĂ©ritable RĂ©volution. Ce fut la cause de migrations, des dĂ©placements importants de populations, un dĂ©part des Poularophones de la vallĂ©e du Nil, le grand mĂ©tissage» Ă©crit Aboubacry Moussa LAM, dans sa thĂšse, De lâorigine Ă©gyptienne des Peuls». Cependant, Cheikh Anta DIOP, qui ne laisse jamais indiffĂ©rent, nâa pas que des admirateurs. Certaines critiques Ă lâencontre de lâĂ©minent Ă©gyptologue sont formulĂ©es sous lâangle de la dĂ©rision. Ainsi, le professeur Souleymane Bachir DIAGNE sous un style sarcastique, voire dĂ©sobligeant, a osĂ© sâattaquer au statut de commandeur Diop a transformĂ© un laboratoire tout Ă fait ordinaire pour datation de carbone 14 tel quâil avait Ă©tĂ© créé par ThĂ©odore Monod avant dâĂȘtre complĂštement terminĂ© par Vincent Monteil en un lieu de lĂ©gende, un vĂ©ritable cabinet dâalchimiste» Ă©crit Souleymane Bachir DIOP. Dans un article intitulĂ© Tu te permets Bachir ?» Boubacar Boris DIOP sâinterroge Souleymane Bachir Diagne a enfoncĂ© une porte ouverte. Aurait-il voulu suggĂ©rer que la belle rĂ©putation de Cheikh Anta Diop est largement surfaite quâil ne sây serait pas pris autrement ?». Sans engager ouvertement une hostilitĂ© contre lâĂ©minent Ă©gyptologue, le professeur Souleymane Bachir DIAGNE ridiculise Cheikh Anta et le prĂ©sente comme un chercheur solitaire et hallucinĂ©. On peut sâĂ©tonner de voir tourner ainsi en dĂ©rision, soixante-cinq ans aprĂšs la publication de Nations nĂšgres et culture», les efforts de Cheikh Anta Diop pour dĂ©montrer lâĂ©gale capacitĂ© dâabstraction. Cheikh Anta prisait tout particuliĂšrement le dĂ©bat contradictoire. TrĂšs souvent attaquĂ© de son vivant, parfois avec une violence chargĂ©e de haine, il a toujours mis un point dâhonneur Ă rĂ©agir en nommant lâun aprĂšs lâautre ses dĂ©tracteurs. Mais au moins ces contradicteurs marquaient-ils clairement leur dĂ©saccord. On ne peut en dire autant de Bachir dont lâĂ©lĂ©gant badinage ne formule jamais rien de prĂ©cis sur Cheikh Anta Diop» Ă©crit Boubacar Boris DIOP. Finalement, le professeur Souleymane Bachir DIAGNE dira que ce nâĂ©tait que lâhumour ; il lui aurait mĂȘme rendu hommage il y a un signe qui ne trompe pas et qui distingue les grands hommes, câest la capacitĂ© de transformer lâexil en royaume. Diop Cheikh Anta a montrĂ© cette capacité» critiques Ă lâencontre de Cheikh Anta DIOP, plus sĂ©rieuses, mais hypocrites, sont formulĂ©es, sous lâangle dâune pseudo dĂ©marche scientifique Jâai un peu connu Cheikh Anta, et comme lui, jâai Ă©tĂ© frappĂ© par lâintelligence et la puissance communicative, et donc aussi par les excĂšs, du personnage. Ceci dit, je suis frappĂ© par la force destructrice du prĂ©sent article, car une fois passĂ© ce coup de chapeau», en prĂ©ambule, de Cheikh Anta Diop en fin de compte, il nâen est rien, sinon un jugement nĂ©gatif. Cheikh Anta Diop a utilisĂ© des arguments discutables, comme le sont, par dĂ©finition, les arguments Ă base racial» Ă©crit Alain FROMENT. Le professeur Catherine COQUERY-VIDROVITCH a pris la dĂ©fense de Cheikh Anta Lâauteur Alain Froment Ă©voque certains historiens rĂ©visionnistes. On ne peut plus idĂ©ologique de le faire. Il y a des imposteurs et des pseudo-scientifiques partout». En fait, Cheikh Anta DIOP dĂ©range et bouscule les thĂ©ories colonialistes et esclavagistes de hiĂ©rarchisation des cultures On conçoit quâune pareille tentative de dĂ©mystification se soit heurtĂ©e Ă une vive critique, non exempte le plus souvent de rĂ©actions passionnelles allant de la condescendance amusĂ©e Ă lâindignation hostile, sans compter le silence, la mise en vedette triomphante des moindres imperfections de lâĆuvre, et lâutilisation de tout lâarsenal accumulĂ© par les spĂ©cialistes europĂ©ens contestĂ©s» Ă©crit Maurice CAVEING. Cheikh Anta fera remarquer que tous les pays ont une Histoire. La connaissance de lâhistoire est un outil pour combattre les prĂ©jugĂ©s et les stigmatisations, afin de conserver et dĂ©fendre son identitĂ© Chaque peuple a un passĂ© si modeste soit-il» et il est possible de le dĂ©couvrir par une investigation appropriĂ©e» Ă©crivait Cheikh Anta DIOP. Les travaux de Cheikh Anta DIOP ont Ă©tĂ© soigneusement occultĂ©s dans les grands centres de recherches africanistes en France quâil qualifie de chercheurs de mauvaise foi animĂ©s dâune Ă©rudition fĂ©roce». En effet, Cheikh Anta, sâappuyant sur lâhistoire de lâEgypte pharaonique, la civilisation africaine la plus ancienne, la plus longue et la plus brillante du monde, sâest employĂ© Ă rĂ©tablir la continuitĂ© du mouvement historique africain, depuis lâapparition de lâhomo sapiens en Afrique ; il a redonnĂ© ainsi Ă lâAfrique sa vĂ©ritable place dans lâhistoire du monde. Or, une bonne partie des chercheurs occidentaux, inspirĂ©s de la hiĂ©rarchisation des cultures ou se proclamant africanistes, partaient du postulat que lâAfrique nâavait pas dâhistoire ancienne, du moins son histoire commençait avec la colonisateur, porteuse de civilisation Le malaise venait du fait que la quasi-totalitĂ© des chercheurs semblaient se refuser Ă tout jamais Ă rattacher la culture africaine Ă quelque souche ancienne que ce fĂ»t ; elle Ă©tait lĂ , suspendue en lâair, au-dessus du gouffre noir du passĂ©, comme une Ă©bauche avortĂ©e, Ă©trangĂšre au reste du monde. Le chercheur africain devrait ĂȘtre armĂ©, au dĂ©part, au moins dâune certitude lĂ©gitime il devrait ĂȘtre a priori convaincu du fait que sa culture nâest pas une crĂ©ation spontanĂ©e et ne peut ĂȘtre que la continuation dâune culture antĂ©rieure» Ă©crit Cheikh Anta DIOP. Câest cette imposture quâa justement dĂ©noncĂ© Cheikh Anta. Certains chercheurs sâinvestissant en africanistes, sâils nâont pas choisi de lâignorer, contestent le caractĂšre scientifique de son travail Ceux qui lâont connu ont Ă©tĂ© frappĂ©s par la puissance de sa personnalitĂ©, de son Ă©rudition et de son intelligence. Sa recherche a servi des objectifs politiques guidĂ©s par la rĂ©action contre lâeuropĂ©ocentrisme. En embrassant un si vaste Ă©ventail de savoir, Cheikh Anta ne pouvait pas tout maĂźtriser» Ă©crit Alain FROMENT. En raison de prĂ©supposĂ©s et objectifs idĂ©ologiques, les Afrocentristes, comme Cheikh Anta DIOP, tombent dans de multiples impasses intellectuelles et Ă©pistĂ©mologiques biais de raisonnement et refus de suivre les mĂ©thodes et normes de la discipline historique, ce qui les conduit Ă des raccourcis sans fondement, des assertions, sans preuves, des gĂ©nĂ©ralisations abusives. En raison de leur ancrage idĂ©ologique, les Ă©crits afrocentristes ne peuvent ĂȘtre qualifiĂ©s aucunement de savants ils sont des formes de réécriture engagĂ©e de lâhistoire et des identitĂ©s au profit dâune nation noire fondĂ©e sur le dĂ©veloppement dâune fraternitĂ© mĂ©lanique. Leur apparence de lĂ©gitimitĂ© et leur diffusion Ă©largie ont Ă©tĂ© rendues possibles par le contrĂŽle de maison dâĂ©dition par des auteurs afrocentristes, et par le biais dâespaces alternatifs, principalement des sites communautaristes» Ă©crit François-Xavier FAUVELLE-AYMAR. Cheikh Anta est maintenant Ă©rigĂ© au statut de commandeur, de totem, Ă travers toute lâAfrique et sa diaspora ; son nom est dĂ©sormais synonyme de dignitĂ© retrouvĂ©e De tous les peuples de la terre, le NĂšgre dâAfrique Noire, seul, peut dĂ©montrer de façon exhaustive, lâidentitĂ© dâessence de sa culture avec celle de lâEgypte pharaonique. Il est le seul Ă pouvoir se reconnaĂźtre encore de façon indubitable dans lâUnivers culturel Ă©gyptien ; il se sent chez lui. La culture rĂ©vĂ©lĂ©e par les textes Ă©gyptiens sâidentifie Ă la personnalitĂ© nĂšgre» Ă©crit Cheikh Anta DIOP. En effet, sans tomber dans un travers idĂ©ologique que pratiquent, Ă haute dose les europĂ©ocentristes, Cheikh Anta DIOP nâĂ©tait pas seulement quâun militant de la cause africaine et de sa culture, câĂ©tait avant tout, un scientifique rigoureux et effet, Cheikh Anta DIOP sâinsurge contre une vision europĂ©ocentriste de lâHistoire, fondĂ©e des arguments caricaturaux, fossilisĂ©s, dĂ©terministes, essentialistes et racistes, admise jusquâici, suivant laquelle les Egyptiens seraient des Hamites, un mĂ©tissage entre des envahisseurs asiatiques et des populations locales. En effet, ces idĂ©ologues, inspirĂ©s dâune thĂ©orie du complot, partent de lâassignation des Noirs Ă une culture unique et dominante, celle de lâOccident et donc les origines anciennes de lâEgypte, une civilisation millĂ©naire, ne serait pas africaines. Les Africains qualifiĂ©s, par les Occidentaux, de peuple primitif, dâun excĂšs de stupiditĂ© superstitieuse, plongĂ©s dans lâignorance et la barbarie, passeraient toute leur vie dans une perpĂ©tuelle enfance. Pour eux, lâAfrique nâaurait pas dâhistoire Sâil faut en croire les ouvrages occidentaux, câest en vain quâon chercherait jusquâau cĆur de la forĂȘt tropicale une seule civilisation, qui en derniĂšre analyse, serait lâĆuvre de NĂšgres» Ă©crit Cheikh Anta DIOP dans Nations NĂšgres et culture». Pour contester cette falsification de lâHistoire, Cheikh Anta DIOP, un afrocentriste, avec une lecture proprement africaine de lâhistoire, en scientifique, sâest dâabord appuyĂ© sur les dĂ©couvertes des Occidentaux eux-mĂȘmes HĂ©rodote, Diodore, Plutarque, ApulĂ©e, Volney ; le Khamite, signifie Noir charbon», animĂ© dâune conscience historique. Les anciens Egyptiens, dĂ©jĂ civilisĂ©s, doivent Ă Osiris lâinstitution de plusieurs choses utiles Ă la sociĂ©tĂ© humaine. Il abolit la coutume exĂ©crable quâavaient les hommes de se manger les uns les autres ; et Ă©tablit en place la culture des fruits. On dit de plus quâil a donnĂ© les premiĂšres lois aux hommes, leur enseignant de se rendre, rĂ©ciproquement, justice, et Ă bannir la violence par la crainte du chĂątiment. Osiris Ă©tant nĂ© bienfaisant et amateur de la gloire assembla une grande armĂ©e dans le dessein de parcourir la terre pour y apporter toutes ses dĂ©couvertes, et surtout lâusage du blĂ© et du vin jugeant bien quâayant tirĂ© les Hommes de leur premiĂšre fĂ©rocitĂ©, et leur ayant fait goĂ»ter une sociĂ©tĂ© douce et raisonnable, ils participeront aux honneurs des Dieux» Ă©crit Diodore de Sicile, qui avait vĂ©cu en Egypte, dans son Histoire universelle». Les Grecs se sont attribuĂ©s des Dieux et hĂ©ros, mais qui sont, en fait, nĂ©s en Egypte, plus de 1200 ans auparavant. Isis, Reine et lĂ©gislatrice, dĂ©esse de la sagesse, est la compagne idĂ©ale dâOsiris. En effet, les Egyptiens avaient des lois pour une sociĂ©tĂ© bien ordonnĂ©e le parjure, lâenrichissement illicite, notamment des magistrats, le meurtre, la lĂąchetĂ© ou la dĂ©sobĂ©issance des militaires, le viol, Ă©taient prohibĂ©s. DĂšs qu'Osiris fut montĂ© sur le trĂŽne, il retira les Ăgyptiens de la vie sauvage et misĂ©rable qu'ils avaient menĂ©e jusqu'alors; il leur enseigna l'agriculture, leur donna des lois et leur apprit Ă honorer les dieux. Ensuite, parcourant la terre, il adoucit les mĆurs des hommes, eut rarement besoin de la force des armes, et les attira presque tous par la persuasion, par les charmes de la parole et de la musique» Ă©crit Plutarque, dans ses Ćuvres morales», tome 5, page 331. Cheikh Anta DIOP, un savant faisant la fiertĂ© du SĂ©nĂ©gal, de lâAfrique et du monde entier, est nĂ© le 29 dĂ©cembre 1923, Ă Caytou, dans la rĂ©gion de Diourbel, prĂšs de Bambey, dans le Baol, au SĂ©nĂ©gal. Son pĂšre, Massamba Sassoum DIOP est dĂ©cĂ©dĂ© peu de temps aprĂšs sa naissance. Sa mĂšre, Magatte DIOP, une parente par alliance de Cheikh Ahmadou Bamba, vivra jusqu'en 1984. Les ancĂȘtres de Cheikh Anta sont originaires du village de Coki, Ă cĂŽtĂ© de Louga ; ils sont probablement des Peuls Sont-ils des pĂȘcheurs du fleuve SĂ©nĂ©gal ? Thioubalo, pĂȘcheur en Toucouleur ?» sâinterroge lâĂ©gyptologue. Sa mĂšre, devenue veuve, viendra sâinstaller Ă Diourbel, en milieu mouride. Cheikh Anta sera envoyĂ© Ă lâĂ©cole coranique de Coki LâAfricain a une conception paradoxale de la formation de lâhomme et du caractĂšre. Il pense que dĂšs la plus tendre enfance, avant lâinstallation des habitudes nocives, il faut entraĂźner le corps et lâesprit Ă lâendurance physique et morale. LâĂ©cole coranique est devenue en Afrique musulmane le lieu de cet entraĂźnement» Ă©crit Cheikh Anta DIOP. Il reviendra Ă Diourbel pour les Ă©tudes primaires entre 1927 et 1937. AprĂšs son certificat dâĂ©tudes primaires, sa mĂšre dĂ©mĂ©nage Ă Dakar, dans le quartier de la MĂ©dina. Le jeune Cheikh Anta poursuit ses Ă©tudes secondaires de 1938 Ă 1945 entre Dakar et Saint-Louis, il est inscrit au lycĂ©e Van Vollenhowen Ă Dakar. ConfrontĂ© Ă un comportement raciste de son professeur de français, il quitte Dakar, momentanĂ©ment, pour Saint-Louis et reviendra Ă Dakar, en 1945, pour sa terminale et obtiendra son brevet de capacitĂ© coloniale baccalaurĂ©at. Cheik Anta DIOP risque, par la mauvaise disposition de son professeur, M. Boyaud, de tripler sa troisiĂšme, ce qui motiverait, sans aucun doute, son renvoi du lycĂ©e. M. Boyau est un singulier professeur, dont jâai eu lâoccasion, dĂšs ses dĂ©buts au lycĂ©e, de signaler lâattitude hostile Ă notre race aux autoritĂ©s. Ses thĂ©ories sur la race, qui font de lui un disciple de Gobineau, sont des plus pernicieuses et font que le fossĂ© se creuse chaque jour davantage entre le Blanc et le Noir» Ă©crit le 7 aoĂ»t 1941, un responsable administratif Ă lâInspecteur gĂ©nĂ©ral de lâenseignement de lâAOF de lâAcadĂ©mie. Ces prĂ©jugĂ©s, liĂ©s aux thĂ©ories racistes vont marquer le jeune Cheikh Anta. Suite Ă ces difficultĂ©s, Cheikh Anta DIOP commence Ă sâinterroger sur la place des langues nationales dans lâĂ©ducation en Afrique Je commençais Ă mâinterroger sur lâĂ©tymologie de certains mots Oulofs et Ă me demander si nous ne pouvions pas avoir une Ă©criture autonome» 1946, Cheikh Anta DIOP embarque pour Paris ; il sâinscrit en classe supĂ©rieure au LycĂ©e Henri IV et Ă la Sorbonne en vue de prĂ©parer une licence de philosophie. Il sĂ©journera en France entre 1946 et 1960, oĂč il y rencontre Louise-Marie MAES qui lui donnera 4 enfants. En 1946, il suit des cours en mathĂ©matiques supĂ©rieures en vue de devenir ingĂ©nieur en aĂ©ronautique. Il entame des Ă©tudes linguistiques sur le Ouolof et le SĂ©rĂšre et rencontre Jean-Paul LHOTE 1903-1991, auteur, en 1958, A la dĂ©couverte des fresques du Tassili», FĂ©lix HOUPHOUET-BOIGNY, dirigeant du RDA, FrĂ©dĂ©ric JOLIOT-CURIE 1900-1958, physicien, Cheikh FALL et Amadou Mahtar MâBOW. En 1948, Cheikh Anta obtient sa licence de philosophie avec ses quatre certificats. En 1949, il sâinscrira en thĂšse principale de Lettres sur lâavenir culturel de la pensĂ©e africaine», sous la direction de Gaston BACHELARD 1884-1962. Il entame le 20 avril 1951, une thĂšse secondaire en Lettres sous la direction de Marcel GRIAULE 1898-1956, un spĂ©cialiste des Dogons sous le titre de QuâĂ©taient les Egyptiens prĂ©dynastiques ?». Il est donc question des origines de la civilisation Ă©gyptienne ; il sâen dĂ©gagera les origines nĂšgres Ă©gyptiens et de leurs civilisations. Les Peuls, dont sont issus ses lointains ancĂȘtres, viennent dâEgypte. Sur le plan culturel, cette thĂšse de Cheikh Anta offre des perspectives nouvelles pour une renaissance africaine. Il ne soutiendra pas cette thĂšse, puisque le jury refuse de se rĂ©unir, en raison du caractĂšre novateur de cette thĂšse. En 1954, devant le refus des autoritĂ©s universitaires de former un jury sur sa thĂšse Nations NĂšgres et culture de lâAntiquitĂ© Ă©gyptienne aux problĂšmes culturels de lâAfrique Noire dâaujourdâhui», il sâinscrira en 1956 Ă une thĂšse dâEtat sur les domaines du matriarcat et patriarcat dans lâAntiquité». A la facultĂ© des Sciences de Paris, Cheikh Anta obtient deux certificats de chimie, gĂ©nĂ©rale et appliquĂ©e. Il entreprend une spĂ©cialisation nuclĂ©aire et physique au Laboratoire Curie de lâInstitut Radium. Il enseigne la physique et la chimie aux lycĂ©es Voltaire et Claude Bernard, Ă Paris. En 1956, Cheikh Anta DIOP, tenace sâinscrit en thĂšse dâEtat de Lettres. La thĂšse principale porte sur Etude comparĂ©e des systĂšmes politiques et sociaux de lâEurope et de lâAfrique, de lâAntiquitĂ© Ă la formation des Etats modernes » et la thĂšse complĂ©mentaire Domaines du patriarcat et du matriarcat dans lâAntiquitĂ© classique». Il soutiendra ses thĂšses le 9 janvier 1960 Ă la Sorbonne, sous la direction de Marcel GRIAULE. Il soutiendra le 9 juin 1960, sa thĂšse dâEtat en Lettres LâAfrique noire prĂ©coloniale et lâunitĂ© culturelle de lâAfrique noire». Le 1er octobre 1960, Cheikh Anta est nommĂ© assistant Ă l'UniversitĂ© de Dakar pour travailler Ă l'Institut Français d'Afrique Noire IFAN. Il ne lui est confiĂ© aucun enseignement en sciences humaines. Cheikh Anta meurt le 7 fĂ©vrier 1986, Ă son domicile Ă Fann, en France, Cheikh Anta DIOP fut surpris de retrouver les images de son territoire Ă travers lâEgypte Antique. Cheikh Anta vient en France terminer sa formation scientifique dans les sciences exactes, dans le contexte des annĂ©es 50, le milieu des Ă©tudiants africains faisait une consigne ĂȘtre le meilleur de sa discipline». En vĂ©ritĂ©, Cheikh Anta ne sâapprocha de lâĂ©gyptologie, au dĂ©but, que pour satisfaire une curiositĂ© datant de son enfance ; mais elle ne le quitta plus, car une sorte de puzzle se mit Ă lui expliquer les fondements de sa culture. Il y trouva les Ă©chos de ses gestes millĂ©naires, et en mĂȘme temps commença le dĂ©chirement. François RABELAIS disait LâAfrique apporte quelque chose de rare». Et la contribution de Cheikh Anta est quelque chose dâunique et dâexceptionnel dans le monde intellectuel. Son ouvrage, Nations nĂšgres et culture» publiĂ© en 1954, sonne comme un coup de tonnerre dans le ciel tranquille de ce monde colonial Ă lâagonie. En effet, Cheikh Anta y fait la dĂ©monstration que la civilisation de lâEgypte ancienne Ă©tait nĂ©gro-africaine, justifiant les objectifs de sa recherche en ces termes Lâexplication de lâorigine dâune civilisation africaine nâest logique et acceptable, nâest sĂ©rieuse, objective et scientifique, que si lâon aboutit, par un biais quelconque, Ă ce Blanc mythique dont on ne se soucie point de justifier lâarrivĂ©e et lâinstallation dans ces rĂ©gions. On comprend aisĂ©ment comment les savants devaient ĂȘtre conduits au bout de leur raisonnement, de leurs dĂ©ductions logiques et dialectiques, Ă la notion de Blancs Ă peau noire», trĂšs rĂ©pandue dans les milieux des spĂ©cialistes de lâEurope. De tels systĂšmes sont Ă©videmment sans lendemain, en ce sens quâils manquent totalement de base rĂ©elle. Ils ne sâexpliquent que par la passion qui ronge leurs auteurs, laquelle transparaĂźt sous les apparences dâobjectivitĂ© et de sĂ©rĂ©nité». En dĂ©finitive, Cheikh Anta a fait la lumiĂšre sur le rĂŽle civilisateur des Africains dans l'histoire. Car, montrer que le continent noir est le berceau de l'humanitĂ© et que l'Egypte nĂšgre est celle qui a inventĂ© les sciences et les techniques, les mathĂ©matiques et la philosophie, l'Ă©criture et la religion, c'est rĂ©tablir la vĂ©ritĂ© trop longtemps masquĂ©e par le mythe du NĂšgre». Pour Cheikh Anta, le miracle grec» Ă proprement parler n'existe pas. Par consĂ©quent, pour les intellectuels occidentaux cette idĂ©e subversive est inacceptable. L'Ă©gyptologue indigĂšne est un hĂ©rĂ©tique du savoir instituĂ©. S'il rend Ă l'homme noir sa mĂ©moire, Cheikh Anta annonce la fin des certitudes et ouvre des voies nouvelles Ă la recherche sur l'Afrique, au-delĂ des apports de l'Africanisme. Par consĂ©quent, Cheikh Anta reprĂ©sente lâhonneur de penser» en rĂ©fĂ©rence au titre dâun ouvrage de Jean-Marc ELA. Ce que lâOccident appelle lâuniversalitĂ© de la science, de lâhistoire ou de la philosophie nâindique souvent que le sens de propre confort de vivre et de dominer» Ă©crit Cheikh Anta. En 1954, lors de la publication de Nations NĂšgres et culture», lâouvrage semble si rĂ©volutionnaire que trĂšs peu dâintellectuels africains osent y adhĂ©rer. En effet, Cheikh Anta y fait la dĂ©monstration que la civilisation de lâEgypte ancienne Ă©tait nĂ©gro-africaine, justifiant les objectifs de sa recherche. Si Nations NĂšgres et Culture» dĂ©range les gardiens du temple, câest non seulement parce que Cheikh Anta DIOP propose une dĂ©colonisation» de lâhistoire africaine, mais aussi parce que le livre fonde une Histoire» africaine et se tient aux frontiĂšres de lâengagement politique, analysant lâidentification des grands courants migratoires et la formation des ethnies ; la dĂ©limitation de lâaire culturelle du monde noir, qui sâĂ©tend jusquâen Asie occidentale, dans la vallĂ©e de lâIndus ; la dĂ©monstration de lâaptitude des langues africaines Ă supporter la pensĂ©e scientifique et philosophique et, partant, la premiĂšre transcription africaine non ethnographique de ces langues. La rĂ©ception des Ă©crits de Cheikh Anta DIOP nâa pas Ă©tĂ© au dĂ©part enthousiaste. Ainsi, PathĂ© DIAGNE reste sceptique sur son Ă©gypto-centrisme. Avec le recul, câest un peu comme sâil ne sâĂ©tait pas trompĂ© sur lâEgypte mais nâavait Ă©tudiĂ© que lâEgypte». Amady Aly DIENG est dubitatif Comme Senghor, et câest peut-ĂȘtre lĂ leur seul point de rencontre, il demeure mĂ©diterranĂ©o-centriste dans son approche de lâhistoire africaine. Mettant au centre la GrĂšce pour le premier, lâEgypte pour le second. Et sâil ne dĂ©veloppe pas de vision atlantiste, câest par souci de toujours valoriser la culture noire. Câest pourquoi il passe la traite nĂ©griĂšre sous silence». Ibrahima THIOUB, actuel Recteur de lâuniversitĂ© Cheikh Anta DIOP nâest pas Ă lâorigine emballĂ© MĂȘme si la traite et la colonisation ne reprĂ©sentent quâune seconde au regard de lâhistoire Ă©gyptienne, il est impossible de faire lâimpasse sur elles. Câest aussi notre histoire et notre actualitĂ© Ă nous, SĂ©nĂ©galais et Africains. VoilĂ pourquoi je le soupçonne dâavoir accordĂ© trop de poids Ă lâEgypte, en toute bonne foi, sans sâen ĂȘtre rendu compte». On a mĂȘme accusĂ© Cheikh Anta DIOP de racisme antiblanc, un concept rĂ©cupĂ©rĂ© par Jean-Marie LE PEN, contre tous ceux qui rĂ©clament lâĂ©galitĂ© rĂ©elle. Seul AimĂ© CESAIRE sâenthousiasme, dans le Discours sur le colonialisme», Ă©voquant le livre le plus audacieux quâun nĂšgre nâait jamais Ă©crit». Pendant 30 ans, Cheikh Anta fut mis au banc des scientifiques, il fut malsĂ©ant de citer son nom les Pharaons Ă©taient des Noirs». En effet, en pleine pĂ©riode coloniale, on sortait Ă peine du doute que le Noir Ă©tait un Homme. En ce temps-lĂ lâidĂ©e de lâindĂ©pendance ne germait que dans certaines tĂȘtes africaines, et voilĂ que Cheikh Anta, dĂ©montra, les preuves Ă lâappui, suivant les canons scientifiques de lâĂ©cole française dâĂ©gyptologie, archĂ©ologie et anthropologie, que lâEgypte Antique est faite des Africains dâaujourdâhui. Victime dâun conformisme intellectuel et dâune soumission aux idĂ©es dominantes, le travail audacieux de Cheikh Anta fut rangĂ© aux oubliettes. Cheikh a eu donc Ă affronter lâestablishment La rĂ©sistance de ceux-ci tenait et tient encore des a priori de caractĂšre plus idĂ©ologique que scientifique. Car non seulement on ne veut pas discuter les thĂšses de Cheikh Anta, mais on ne veut mĂȘme pas les entendre, au nom dâune irrecevabilitĂ© qui nâest pas du tout dĂ©montrĂ©e» dit Elikia MâBOKOLO. Sa thĂšse, Nations nĂšgres et culture» a Ă©tĂ© refusĂ©e Ă la Sorbonne sous ce motif fallacieux Nous voulons vous donner le titre de docteur, mais avec une autre thĂšse» dit dâemblĂ©e le jury de la Sorbonne. On entend encore les sceptiques dire Nous reconnaissons Ă lâAfrique noire une histoire et des civilisations. Mais nây mĂȘlez surtout pas lâEgypte ancienne, qui nâappartient pas Ă lâAfrique». Cette thĂšse refusĂ©e est, cependant, devenue un best-seller. En effet, Alioune DIOP, le fondateur de PrĂ©sence Africaine, a eu le courage de publier les ouvrages de Cheikh Anta. Et de nombreux travaux universitaires sont venus conforter le point de vue de Cheikh son ouvrage Civilisation ou barbarie», Cheikh Anta affirme lâidentitĂ© nĂšgre Ă savoir le retour Ă l'Egypte dans tous les domaines est la condition nĂ©cessaire pour rĂ©concilier les civilisations africaines avec l'histoire, pour pouvoir bĂątir un corps de sciences humaines modernes, pour rĂ©nover la culture africaine. Loin d'ĂȘtre une dĂ©lectation sur le passĂ©, un regard vers l'Egypte antique est la meilleure façon de concevoir et bĂątir notre futur culturel. L'Egypte jouera, dans la culture africaine repensĂ©e et rĂ©novĂ©e, le mĂȘme rĂŽle que les antiquitĂ©s grĂ©co-latines dans la culture occidentale».Cependant la rencontre du Caire du 28 janvier au 3 fĂ©vrier 1974, dans le cadre de la rĂ©daction de lâhistoire de lâAfrique par lâUNESCO, a sonnĂ© comme un nouveau coup de tonnerre. Peut-on classer lâEgypte pharaonique dans lâhistoire africaine ?Nous sommes en prĂ©sence de trois thĂ©ories qui sâaffrontent - Pour les chercheurs occidentaux, les Pharaons seraient des Blancs originaires dâEurope qui ont bronzĂ© et se sont mĂ©tissĂ©s au contact avec les Africains quâils ont civilisĂ©s ;- Pour les Orientalistes, les Pharaons viendraient dâOrient pour crĂ©er cette civilisation ;- Pour Cheikh Anta DIOP et ThĂ©ophile OBENGA la civilisation pharaonique est noire et serait venue dâAfrique. Cheikh Anta ne sâest limitĂ© Ă dĂ©montrer quâils avaient la peau noire, il a dĂ©montrĂ© quâil parlait les langues africaines et avaient les coutumes et traditions africaines. Câest cette thĂšse scientifique qui a triomphĂ© devant 25 spĂ©cialistes, 5 observateurs et 2 reprĂ©sentants de lâ Anta DIOP a administrĂ© les preuves de lâunitĂ© culturelle de lâAfrique Noire». Pour lui, cette unitĂ© culturelle est restĂ©e vivace sous des apparences trompeuses dâhĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©. Seule une vĂ©ritable connaissance du passĂ© peut entretenir dans la conscience le sentiment dâune continuitĂ© historique, indispensable Ă la consolidation dâun Etat multinational» Ă©crit Cheikh Anta. Le continent noir est dominĂ© par le matriarcat. Les gens sont pauvres, mais personne ne se sent seul, câest la xĂ©nophilie, et la misĂšre maternelle et morale sont inconnues en raison de cet amour ou Pharaon du savoir, disparu le vendredi 7 fĂ©vrier 1986, des suites dâune crise cardiaque, la SociĂ©tĂ© africaine de culture Ă©crit en hommage Il y a seulement un mois, Ă peine, il est passĂ© dans nos bureaux parisiens, comme si par prĂ©monition, il avait tenu Ă nous faire ses adieux. Nous lui avons conseillĂ© de se mĂ©nager il se dĂ©pensait trop ! Il nous rĂ©pondait avec sa bonne humeur inaltĂ©rable Vous savez, quoi quâon fasse, quand câest lâheure, on nây peut rien !». Cheikh Anta Ă©tait un opposant radical. Le prĂ©sident SENGHOR tout en reconnaissant ses qualitĂ©s de scientifique, redoutait sa concurrence politique. Aussi, Cheikh Anta nâa pas eu de carriĂšre universitaire normale, lâuniversitĂ© de Dakar Ă©tant gĂ©rĂ©e par la France, jusquâen 1971, et son parti a Ă©tĂ© interdit, par LĂ©opold SĂ©dar SENGHOR, jusquâen 1981. LâuniversitĂ© de Dakar, fondĂ©e en 1956, portera son nom, aprĂšs sa disparition Je voudrais, tout de suite, dissiper un malentendu. Il y a un domaine oĂč je nâĂ©tais pas dâaccord avec le professeur Cheikh Anta Diop ; câĂ©tait le domaine politique, et je ne lâai pas cachĂ©. Par contre, jâavais de lâadmiration pour le grand professeur quâil Ă©tait. JâĂ©tais le premier Ă reconnaĂźtre quâil a jouĂ© un rĂŽle dĂ©cisif sur la dĂ©couverte des origines de lâEgypte ancienne, mais encore de la Civilisation de lâUniversel. En effet, si le mouvement de la NĂ©gritude, que quelques Ă©tudiants, dont jâĂ©tais, ont lancĂ© dans les annĂ©es 30, sâest dĂ©veloppĂ© malgrĂ© les assauts des racistes blancs et de quelques faux NĂšgres, il le doit, en grande partie, Ă lâĆuvre scientifique de Cheikh Anta Diop. Je nâai jamais attendu sa mort pour le dire» Ă©crit LĂ©opold SĂ©dar SENGHOR. Le MusĂ©e des civilisations noires, Ă Dakar, voulu par le prĂ©sident Macky SALL, rĂ©serve une place importante Ă lâEgypte ancienne en hommage Ă la contribution de Cheikh Anta DIOP. Son fils, Cheikh MâBackĂ© DIOP, auteur dâune biographie sur son pĂšre, est en charge, dans ce musĂ©e des Civilisations noires du dĂ©partement de lâ Anta Ă©tait pluridisciplinaire ; il a Ă©tĂ© physicien, historien, anthropologue, linguiste, sociologue, philosophe, homme politique, panafricaniste. En effet, en considĂ©rant que lâEgypte est la rĂ©fĂ©rence historique et culturelle de lâhistoire gĂ©nĂ©rale de lâhumanitĂ©, ce qui signifie que le fond culturel, riche dâatouts divers, peut fournir le fondement dâun nouveau dĂ©part basĂ© sur une intĂ©gration rĂ©gionale vĂ©ritable. A partir des donnĂ©es matĂ©rielles des Ă©lĂ©ments de la culture ancienne donc, il faut apprĂ©hender les fondements de lâunitĂ© des peuples constitutifs de cet espace gĂ©ographique. La consĂ©quence de cette rĂ©flexion est celle-ci lâunitĂ© de lâAfrique ne se rĂ©alisera pas uniquement par des Unions douaniĂšres Ă caractĂšre politique, mais Ă©galement par des projets culturels fĂ©dĂ©rateurs, fondĂ©s sur les valeurs africaines, sur les objets et lieux de mĂ©moires des peuples africains, traducteurs de leur originalitĂ©, de leur identitĂ©, et de la solidaritĂ© entre les peuples et les nations. Pour Cheikh Anta, il nây aura pas de dĂ©veloppement de lâAfrique, sans une valorisation des langues Africains, et sans le dĂ©montrer, prĂ©tendent que Cheikh Anta serait dĂ©passĂ©. En fait, et plus que jamais, Cheikh Anta DIOP est dâactualitĂ©, notamment depuis lâaffaire George FLOYD indiquant la persistance grave dâune mentalitĂ© esclavagiste, et le dĂ©ni grave du racisme en France, sâaccompagnant de violences policiĂšres contre les Noirs. En effet, pour avoir embrassĂ© lâensemble des questions du continent et du monde noir, la contribution de Cheikh Anta DIOP donne les grilles de lecture Ă tous les Africains qui veulent chercher Ă relever les dĂ©fis majeurs actuels de lâAfrique. HĂ©ritage commun pour lâAfrique et sa diaspora, le travail engagĂ© par Cheikh Anta DIOP, Ă connaĂźtre et Ă fructifier. Cheikh Anta DIOP est un exemple de rĂ©silience et de sacrifice pour lâAfrique, une voie Ă suivre pour les gĂ©nĂ©rations dâintellectuels et de chercheurs africains. Cheikh Anta Diop est devenu une figure incontournable de lâhistographie africaine, de lâhistoire des idĂ©es, au mĂȘme titre que Hegel» Ă©crit François-Xavier FAUVELLE-AYMAR. En effet, Cheikh Anta DIOP est entrĂ© dans lâhistoire ; il a posĂ© lâhistoricitĂ© et lâantiquitĂ© de lâAfrique et en particulier lâafricanitĂ© de lâEgypte, dont sont originaires les Peuls. Lâorigine des Peuls est restĂ©e mystĂ©rieuse. Certains, et Ă tort, avaient pensĂ© que les Peuls avec des origines blanches, arabes ou sĂ©mites, seraient venus civiliser les Noirs. Maurice DELAFOSSE pensait que les Peuls Ă©taient des JudĂ©o-Syriens. Pour Cheikh Anta DIOP, il ne fait pas de doute que les Peuls ont des origines Ă©gyptiennes. En effet, selon lui, les noms totĂ©miques BA» et KA» ainsi que leur matriarcat indiquent quâils sont authentiquement dâorigine du combat de Cheikh Anta DIOP est dĂ©jĂ inscrit dans lâacte constitutif de lâUNESCO dĂ©nonçant ces logiques de prĂ©dation et de hiĂ©rarchisation des cultures par le reniement de lâidĂ©al dĂ©mocratique de dignitĂ©, dâĂ©galitĂ©, de respect de la personne humaine et par la volontĂ© de lui substituer, en exploitant lâignorance et le prĂ©jugĂ©, le dogme de lâinĂ©galitĂ© des races et des hommes». Le continent noir, aprĂšs des siĂšcles dâoppression par lâesclavage et le colonialisme, a vu naĂźtre des hommes, au prix de grands sacrifices, se lever contre cette infĂąmie, cette imposture, et Cheikh Anta DIOP est lâun des brillants intellectuels, rĂ©clamant la Justice et lâEgalitĂ© rĂ©elle lâun des tout premiers, il Cheikh Anta, a mis lâaccent sur les composantes spirituelle, intellectuelle, artistique, dâune vĂ©ritable affirmation de lâidentitĂ© africaine» Ă©crit Amadou-Mahtar MâBOW, ancien directeur de lâUNESCO. En effet, en 1955, Cheikh Anta est restĂ© droit dans ses bottes Lâexplication de lâorigine dâune civilisation africaine nâest logique et acceptable, nâest sĂ©rieuse, objective et scientifique, que si lâon aboutit, par un biais quelconque, Ă ce Blanc mythique dont on ne se soucie point de justifier lâarrivĂ©e et lâinstallation dans ces rĂ©gions âŠ. Le but est dâarriver, en se couvrant du manteau de la science, Ă faire croire au NĂšgre quâil nâa pas Ă©tĂ© responsable de quoi que ce soit de valable, mĂȘme pas de ce qui existe chez lui. On facilite ainsi lâabandon, le renoncement Ă toute aspiration nationale chez les hĂ©sitants, et on renforce les rĂ©flexes de subordination chez ceux qui Ă©taient dĂ©jĂ aliĂ©nĂ©s» Ă©crit Cheikh Anta DIOP dans Nations nĂšgres et cultures». Pour Cheikh Anta DIOP, la souverainetĂ© de lâAfrique passe, nĂ©cessairement, par un immense effort de rĂ©habiliter la personnalitĂ© africaine, sa conscience historique, un sujet primordial et stratĂ©gique, plus que jamais, Ă lâordre du jour, 60 ans aprĂšs les indĂ©pendances. Pour la Diaspora africaine, souvent relĂ©guĂ©e au rang dâindigĂšnes de la RĂ©publique, confrontĂ©es Ă la banalisation du racisme et aux brutalitĂ©s policiĂšres dans les pays occidentaux, Cheikh Anta est devenu, plus que jamais une boussole Ă suivre. 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